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    le visage de mars partie 2

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    GODOF
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    le visage de mars partie 2

    مُساهمة من طرف GODOF في الإثنين 8 مارس - 10:40

    Enfin, les investigateurs notent que le relief correspondant au visage est très érodé et très vieux et que dans ces conditions, il est particulièrement difficile de faire la distinction entre une formation naturelle et des ruines d'un ancien édifice ! Même s'ils reconnaissent qu'il aurait été préférable de mettre à jour des routes bien droites et des bâtiments rectangulaires dans le secteur de Cydonia, les investigateurs ne se démontent pas et considèrent que tout jugement est prématuré. Malgré ce que pourrait laisser croire les nouvelles images de Mars Global Surveyor, les preuves sont insuffisantes pour écarter définitivement l'hypothèse extraterrestre. Certaines anomalies restent inexpliquées, et seuls des fouilles archéologiques effectuées sur place permettraient de trancher.
    ... au ridicule


    Même s'ils affichent une certaine perplexité, voire une déception devant les clichés de Mars Global Surveyor, les soi-disant experts refusent de considérer le dossier comme clôt en invoquant une certaine prudence. Mais tout le monde n'est cependant pas dans cet état d'esprit. Après quelques zooms à la limite du tolérable, Richard Hoagland n'hésite pas à clamer que les clichés viennent au contraire confirmer brillamment le caractère artificiel des anomalies de Cydonia ! Un cliché fortement agrandi (c'est un euphémisme) permet par exemple d'apercevoir des chambres à l'intérieur de l'un des bâtiments de la Cité. On découvre aussi des quartiers résidentiels semblables aux banlieues des grandes villes américaines, des pyramides de verre et de nombreuses autres preuves d'une activité extraterrestre dans la région.
    Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Après tout, si des extraterrestres ont colonisé Mars, ils ont du ériger d'autres structures sur le reste de la planète, et l'on voit mal pourquoi ils se seraient cantonnés à la région de Cydonia, qui n'est d'ailleurs pas des plus accueillantes. Sur des clichés Viking, des individus avaient déjà découvert des sortes de tubes, juste de l'autre coté de la planète, à l'opposé de la région de Cydonia. Il suffirait donc de chercher un peu pour trouver d'autres artefacts.
    Mais depuis Viking, les ufologues martiens n'avaient rien eu à se mettre sous la dent. L'arrivée des sondes Mars Global Surveyor et Pathfinder est donc vue d'un très bon oeil. Après une période de vache maigre, du matériau brut va de nouveau couler en abondance et les recherches vont pouvoir reprendre. Les images de la surface martienne prises par la sonde Pathfinder en 1997 sont disponibles sur Internet ? Pourquoi ne pas les examiner avec attention ?
    Vous devinez sans peine la suite. Les extraterrestres ont aussi construit des trucs dans Ares Vallis. C'est sans aucune honte qu'un obscur individu vous explique que les deux collines jumelles (les Twink Peaks) sont forcément artificielles. Après avoir prouvé dans un simulacre de démonstration que les traditionnels mécanismes géologiques ne peuvent pas être responsables de l'aspect singulier de ces deux petites montagnes, le petit génie applique à la lettre la théorie philosophique du rasoir d'Ockam, qui stipule que l'explication la plus simple doit toujours être privilégiée. Bien entendu, dans le cas qui nous intéresse, l'explication la plus simple est de considérer que les collines sont artificielles : ce serait tout simplement le sommet de deux pyramides enfouies sous des tonnes de sédiments !
    Nous avons vu précédemment que les chercheurs indépendants accordent une grande importance à la figure géométrique tétraédrique et à l'angle de 19,5°, importance qui tourne facilement à l'obsession. Savez-vous pourquoi la sonde Pathfinder a atterri dans le secteur d'Ares Vallis en juillet 1997 ? Si vous posez cette question à des géologues, ils vous répondront que le site était prometteur d'un point de vue scientifique. Les ingénieurs rétorqueront quant à eux qu'Ares Vallis était un site compatible avec de nombreuses contraintes techniques, et qu'il était assez sûr pour un atterrissage (pour plus d'informations sur la sélection des sites d'atterrissage, consultez le dossier correspondant). Hoagland et ses amis ont cependant une autre explication : Pathfinder était en fait un accusé de réception envoyé par la NASA en réponse aux énigmes géométriques de Cydonia ! La sonde avait effectivement une forme tétraédrique (avec ses panneaux solaires triangulaires équilatéraux), et son site d'atterrissage est situé vers 19,5° de latitude (en arrondissant, ce que les chercheurs indépendants savent parfaitement faire quand cela les arrange). Poser un objet tétraédrique à une latitude aussi caractéristique ne pouvait être qu'un acte délibéré !
    En analysant les images renvoyées par Pathfinder et Sojourner grâce à des algorithmes à la pointe de la technique (rien de tel qu'un programme d'amélioration fractal pour se donner une contenance n'est ce pas Richard ?), Hoagland découvre aussi que le lit d'Ares Vallis est littéralement jonché d'objets artificiels dont la nature ne fait aucun doute : il ne s'agit ni plus ni moins que de matériel de guerre nazi (tanks, tourelles défensives, symboles SS et autres objets macabres) et d'artefacts extraterrestres (gyroscope, dispositif anti-gravité) que la NASA aurait maladroitement essayé d'effacer sur les images officielles. Ce n'est pas les lecteurs assidus des groupes de discussion Internet qui me contrediront si j'annonce que Richard Hoagland a bien mérité son point Godwin (sur les newgroups, une discussion qui tombe sous le coup de la loi Godwin est logiquement close, mais je doute fort que Hoagland soit d'avis de stopper ces élucubrations) !
    Au mois d'avril 2000, la NASA rend publique une impressionnante collection de 25000 images capturées par la sonde Mars Global Surveyor entre septembre 1997 et août 1999 (les fameuses images que Malin avait jalousement gardé pour lui). Cette collection est mise à jour régulièrement et au mois d'octobre 2002, elle comptait quelque 112218 clichés ! Une véritable manne pour les passionnés de la planète rouge, et un trésor inestimable pour les chasseurs de civilisations martiennes, qui peuvent ainsi continuer la fouille par images orbitales interposées. Toutes les images sont donc passées au crible, et chaque anomalie est immédiatement notée, commentée, analysée ... Notons qu'Internet joue ici un rôle prépondérant. Le réseau offre non seulement un accès d'une facilité déconcertante aux images, mais il sert également à diffuser auprès du plus grand nombre les dernières découvertes d'anomalies, par le biais de forums ou de sites personnels.
    En examinant les clichés à haute résolution de la surface martienne, les infatigables chercheurs dénichent bientôt d'innombrables anomalies : des traces rectilignes et régulières à la surface de Mars, probablement laissées par le passage de véhicules miniers, des verrières dans le fond d'un cratère d'impact, des taches brillantes au-dessus de la surface martienne, immédiatement interprétées comme des soucoupes volantes évoluant seule ou en formation, des vaisseaux écrasés au sol, dont la superstructure tordue émerge des sables, d'autres engins spatiaux plus chanceux, garés sur des hauts plateaux, ou encore d'antiques citadelles, châteaux ou usines qui laissent apparaître par endroit, à l'occasion de perforations, leur agencement interne ...
    A chaque fois que les scientifiques annoncent qu'une formation géologique les laisse perplexe, les experts du visage ont une explication toute prête. Le plancher de Valles Marineris est occupé par des formations difficiles à interpréter d'un point de vue géologique ? La réponse est tout simple ! Il s'agit d'un réseau de tubes de plexiglas que les extraterrestres utilisaient pour se balader à la surface de Mars ! Les géologues découvrent des traces d'écoulement liquides ayant eu lieu dans un passé relativement récent ? Inutile de se creuser la tête pour tenter d'expliquer la présence d'eau liquide dans un sous-sol en permanence frigorifié. Il s'agit d'anciens pipelines qui ont explosé sous le gel !
    Ces recherches indépendantes ont connu un nouveau souffle avec l'arrivée en 2002 des clichés infrarouges obtenus par l'instrument THEMIS de la sonde Mars Odyssey (pour rechercher des extraterrestres à la surface des planètes, quoi de mieux effectivement que la vision nocturne ?). Les investigateurs n'hésitent plus non plus à faire valoir leurs droits de citoyens américains pour avoir accès aux images originales dès qu'ils suspectent une quelconque réticence de la NASA à les rendre publique. L'une de leurs dernières trouvailles consiste à trafiquer une image (de manière à y faire apparaître des artefacts), avant de clamer à qui veut l'entendre que le cliché est l'image originale, et que les photographies publiées sur Internet sont des faux forgés par la NASA. Il ne reste plus qu'à inventer une petite histoire pour expliquer l'apparition quasi miraculeuse de l'image "originale" (en général envoyée par un agent double travaillant au cœur même de la NASA et assailli de scrupules), et le tour est joué : l'affaire devient assez excitante pour alerter quelques médias en manque de sensation, et les faussaires peuvent continuer à vendre des livres et autres cassettes...
    L'une des images ayant eu le plus d'impact jusqu'à aujourd'hui est probablement celle capturée par la sonde Mars Global Surveyor le 21 mai 1999 dans les hautes latitudes de l'hémisphère nord (263° W de longitude et 79°N de latitude). Dénommé M01-02950, le cliché montre une surface martienne ponctuée de petites pyramides noires. Les premières analyses effectuées par un groupe de recherche indépendant ont révélé de nombreux alignements : certaines pyramides sont disposées en ligne droite, d'autres sont situées sur des arcs de cercle. Ces alignements n'ont rien de bien convaincants : vu le nombre d'objets, il est tout à fait naturel statistiquement parlant de trouver des figures d'alignements. Ce qui est plus intrigant, c'est que toutes les pyramides semblent posséder une forme et une taille similaire. L'artificialité de ces structures sautant aux yeux, les chercheurs indépendants n'ont pas mis longtemps à proposer une solution : ces pyramides seraient en fait de larges monolithes noirs (oui oui, les mêmes que ceux du célèbre film 2001 l'Odyssée de l'espace) enfichés dans la surface glacée de Mars, et dont seule la partie supérieure dépasserait !
    Une image de Mars Global Surveyor montrant une sorte de tunnel vitré soutenu par des rangées d'arceaux a également déclenché bien des passions, et a même retenu l'attention d'Arthur C Clarke. Bien loin d'être un boulevard d'une ancienne cité martienne ou un ver des sables, le prétendu cylindre n'était qu'une vallée obstruée par des dunes de sable (qui formaient les fameux arceaux), observée sous une éclairage particulier.
    Les ufologues du monde entier s'en sont également donnés à coeur joie avec les deux rovers américains Spirit et Opportunity. Après leur atterrissage respectifs dans le cratère d'impact Gusev et la plaine de Terra Meridiani, les deux robots mobiles ont inondé la Terre sous des flots d'images, qui étaient rendues publiques sur Internet presque immédiatement après leur transmission. Ces images ont été scrutées par des centaines d'internautes passionnés par la recherche d'éléments étranges ou anormaux.
    Parmi tous les trouvailles, le lapin d'Opportunity s'est taillé la part du lion, et a bénéficié d'une belle médiatisation. Ce petit objet jaunâtre de 4 à 5 centimètres de long, rappelant furieusement la tête d'un lapin avec ses deux oreilles, est apparu sur les premières images transmises par le rover Opportunity après son atterrissage dans un petit cratère de Terra Meridiani. La nature du rongeur d'Opportunity déclencha immédiatement des débats passionnés au sein du public, qui touchèrent à l'hystérie lors de sa disparition pure et simple quelques jours plus tard. L'événement ravi les adeptes de complot en tout genre, qui trouvèrent là de quoi alimenter leur paranoïa. Certains n'hésitèrent pas à affirmer que la pauvre bestiole avait fini écrasée sous les roues du rover (le robot s'y étant repris à deux fois, pour être sur de ne pas louper son coup !). Les ingénieurs de la NASA parvinrent cependant à retrouver la trace du lapin : manifestement apeuré, ce dernier s'était réfugié sous l'un des pétales de l'atterrisseur. L'analyse spectrométrique effectuée grâce à la caméra panoramique PanCam montra que l'étrange animal n'était en réalité qu'un fragment détaché de l'atterrisseur, vraisemblablement un morceau d'airbag, voltigeant au gré des vents dans le cratère Eagle.
    Sur l'une des images obtenues par la caméra microscopique d'Opportunity, des paléontologues en herbe découvrirent également une structure fossile, qui fut hâtivement assimilée à un fragment de crinoïde (un animal appartenant à la même famille que les oursins, possédant un squelette calcaire et ressemblant à s'y méprendre à une fleur). Les images suivantes montrèrent que le soi-disant fossile avait été victime de la meule d'Opportunity. Pour les ufologues, il n'y avait plus aucun doute à avoir : le pauvre crinoïde avait été intentionnellement réduit en poussière par une NASA désireuse d'étouffer l'affaire ! L'existence sur Mars de restes fossiles d'organismes multicellulaires est très improbable, mais pas totalement impossible, et il s'agit même de l'hypothèse la plus intelligente jamais défendue par les ufologues. Pourtant, aussi séduisant soit-il pour l'esprit, ce scénario se heurte à un problème majeur.
    Sur Terre, il s'est écoulé pas moins de 2 milliards d'années entre le moment ou les cellules eucaryotes (une version améliorée de la cellule bactérienne) sont apparues et le moment ou elles se sont organisées pour donner naissance à des organismes multicellulaires (plantes, animaux) suffisamment volumineux pour laisser des traces visibles dans les roches. Les paléontologues ne comprennent toujours pas l'origine de cette longue pause dans l'évolution, mais il est possible qu'elle soit liée au niveau d'oxygène dans l'atmosphère. Si ce gaz a pu être émis très tôt par des organismes photosynthétiques, son passage dans l'atmosphère a été fortement retardé (l'oxygène a effectivement du réagir avec le fer dissous dans les océans, puis avec les roches de surface, avant de pouvoir s'accumuler sous une forme libre, disponible pour les cellules, dans l'air). Il est donc possible que les cellules eucaryotes aient du attendre l'apparition d'une concentration suffisante en oxygène dans l'atmosphère pour pouvoir former des communautés.
    Si l'on admet que la vie martienne a suivi un chemin parallèle à celui de la vie terrestre, alors les organismes multicellulaires martiens ont du apparaître un à deux milliards d'années après les premières cellules évoluées. Or, si les conditions sur la jeune Mars étaient vraisemblablement clémentes, elles se sont très vite dégradées. Les cellules ont été frappées de plein fouet dans leur élan vital. Elles ont disparu, sans avoir le temps de connaître une atmosphère oxygénée, qui leur aurait permis de s'émanciper et de former des êtres pluricellulaires. A moins de considérer que sur Mars, les cellules ont immédiatement sauté le pas en formant tout de suite des organismes multicellulaires, les chances de découvrir des fossiles comme tout ceux que les enfants ramassent sur Terre sont pratiquement et certainement nulles. Si des fossiles existent sur Mars, ce sont des fossiles similaires à ceux qui existent dans les roches précambriennes terrestres, c'est à dire les roches formées avant 550 millions d'années (date de l'apparition de la vie "visible") : des petites sphères ou des petits bâtonnets microscopiques, qu'Opportunity, malgré sa caméra microscopique, ne pourrait pas voir ...
    En observant avec attention les images ramenées par les deux robots, d'autres personnes ont également observé non pas des fossiles, mais des lettres gravées sur des roches. L'affaire n'est pas nouvelle, la lettre B ayant déjà été aperçue sur des images transmises par les sondes Viking il y a plus de 20 ans. A l'époque, Carl Sagan avait rappelé avec humour qu'il était très improbable que les martiens utilisent le même alphabet que les occidentaux ! Ce qui n'empêche pas certaines personnes de continuer à voir aujourd'hui des lettres sur des rochers martiens ...
    Ces exemples plus ou moins pitoyables montrent bien le niveau des investigations qui sont menées par les "scientifiques" indépendants. Cette débauche de stupidité nous conduit immanquablement à une réflexion sur les véritables motivations des promoteurs du visage et de son cortège d'anomalies. Ceux qui défendent corps et âme la thèse artificielle des formations de Cydonia sont-ils juste de joyeux dingues, intimement persuadés que Mars a été colonisé dans un lointain passé par des intelligences extraterrestres, ou s'agit-il plutôt d'habiles commerciaux qui ont mis la main sur un filon prometteur dont il s'agit de tirer le maximum ? Revenons un peu en arrière pour cerner les individus et faire connaissance avec les principaux protagonistes.
    Naissance d'une escroquerie


    Après les premières révélations cydoniesques de DiPietro et Molenaar, des individus qui se présentent eux-mêmes comme des chercheurs indépendants hautement qualifiés décident de s'attaquer au problème du visage. Pour acquérir plus de poids, certains forment des groupes ou mettent sur pied des organismes officiels comme la "Society for Planetary SETI Research" (à ne surtout pas confondre avec le SETI Institute). La plupart du temps, ces sociétés ou instituts ne sont qu'une vulgaire façade derrière laquelle s'abrite une petite foule de charlatans.
    Ces enquêteurs publient d'année en année des soi-disant rapports officiels, accompagnés d'ouvrages de vulgarisation à destination du grand-public. Sur plusieurs centaines de pages s'étalent des résultats scientifiques, acquis le plus souvent avec un double décimètre et un rapporteur acheté au supermarché du coin. Les travaux se résument facilement. Après avoir prouvé par différentes méthodes l'aspect familier des reliefs observés sur les clichés à faible résolution des sondes Viking, après avoir appliqué cette bêtise qu'est la numérologie aux formations de Cydonia et rejeté en masse toutes les explications géologiques, les auteurs se rabattent joyeusement sur l'hypothèse extraterrestre. Malgré des titres et une couverture souvent pompeuse, ces livres ne sont qu'une montagne de spéculations toutes plus invraisemblables les unes que les autres, noyée dans un charabia scientifique.
    La première analyse "rigoureuse" et "scientifique" des artefacts de Cydonia, signée par un certain Mark Carlotto, serait parue dans la revue "the Journal of Applied Optics" en 1988. Dans son papier, Carlotto réfute déjà clairement la thèse officielle du JPL, qui présente le visage comme une illusion d'optique due à un jeu d'ombre et de lumière. Dans la littérature américaine, le nom de Mark Carlotto est toujours précédé du préfixe Dr, qui signifie docteur. Pour la plupart des gens, un docteur est forcément une personne respectable, dont les dires ne peuvent être mis en doute. Les charlatans du visage de Cydonia vont énormément utiliser le titre de Carlotto pour donner une aura de respectabilité à leurs travaux.
    Le deuxième document de référence est le tristement célèbre rapport McDaniel, une compilation de toutes les études indépendantes menées sur les constructions extraterrestres de la région de Cydonia. Le document a des allures de rapport officiel et son auteur est un honorable professeur de philosophie dans une université californienne. Encore une fois, tout est réuni pour mettre en confiance un éventuel lecteur.
    Mc Daniel nous explique pourquoi les conclusions des chercheurs indépendants doivent absolument être prises au sérieux. Selon lui (et bien d'autres), la NASA ne s'est jamais penchée sérieusement sur les anomalies de la région de Cydonia. Sur l'affaire du visage, l'agence spatiale américaine aurait fait preuve d'une mauvaise foi évidente en faisant croire à tout le monde que la question avait été réglée, un consensus scientifique ayant décrété le visage naturel. Parce qu'ils pouvaient facilement risquer leur carrière pour avoir oser s'aventurer dans le domaine de la recherche des intelligences extraterrestres ou parce que l'hypothèse artificielle était tellement saugrenue qu'elle ne valait même pas la peine d'être prise en compte, les scientifiques ne se seraient jamais attaqués correctement au problème. Muselée par des idées préconçues ou la peur du ridicule, la NASA n'aurait donc jamais évalué selon un processus scientifique rigoureux les formations de Cydonia.
    Pour Mc Daniel, l'agence spatiale américaine aurait aussi fait preuve d'un amateurisme condamnable. La NASA aurait par exemple officiellement annoncé l'existence de photographies venant infirmer l'hypothèse extra-terrestre, sans être capable de produire par la suite ces documents. Pour résumer, la NASA n'a pas à faire de commentaires sur le visage, car elle ne l'a pas étudié.Fort de cette observation, McDaniel annonce ensuite fièrement que les seules personnes à pouvoir se prononcer sur la question sont les enquêteurs indépendants. N'ont-ils pas appliqué à la lettre la méthodologie scientifique pour percer la véritable nature du visage ? N'ont-ils pas consacré plusieurs années de leur vie à effectuer des analyses fractales, statistiques, mathématiques, photoclinométriques et même anthropométriques ?
    Il faut donc accepter et reconnaître les conclusions des enquêteurs indépendants. Si les analyses montrent que le visage est artificiel, et bien c'est qu'il l'est ! Bizarrement, l'opinion de nombreux scientifiques de réputation mondiale - qui ont passé des dizaines d'années de leur vie à observer des paysages planétaires - n'est apparemment pas digne d'intérêt. A ce petit jeu, on peut se demander qui est le plus aveugle ...
    Outre les travaux de Carlotto et de Mc Daniel, d'autres torchons brodent allégrement autour de l'affaire du visage. Avec un peu d'imagination, on peut facilement écrire de véritables pavés, d'autant plus que les possibilités de développement ne manquent pas. Devant les énormités que l'on rencontre (nous allons en détailler quelques-unes), il est clair que certains auteurs ne doivent même pas croire à ce qu'ils écrivent.
    Quelques écrivains frauduleux tentent d'expliquer le rôle du visage. Celui-ci serait un phare planétaire, un signe que les martiens nous auraient laissé pour se faire connaître à travers les âges. L'idée en elle-même est assez vieille et au cours des années 1890, certains avaient déjà cru apercevoir à la surface de Mars des projections et des éclats de lumière, autant de signaux destinés aux terriens (un individu avait même affirmé avoir pu lire le nom de Dieu écrit en hébreu sur les déserts martiens !). Mais l'idée de la balise conduit ici aux pires exagérations. Le visage ne mesure que quelques kilomètres d'envergure, et il est donc parfaitement invisible depuis la Terre, même au travers des plus puissants télescopes. Pour expliquer cet étrange paradoxe, certains n'hésitent pas à clamer que dans un passé plus ou moins lointain, les orbites de la Terre et de Mars devaient être bien différentes de celles que l'on connaît actuellement. A des époques reculées (comme celle de l'ancienne Egypte), les deux planètes avaient très bien pu se frôler, ce qui aurait permis de distinguer le visage sans l'aide d'une quelconque lunette. Les spécialistes de la théorie du chaos apprécieront !

    Pour Richard Hoagland, véritable gourou du visage et fondateur du groupe de recherche "Enterprise", une nouvelle physique serait encodée dans les artefacts de Cydonia. Correctement décryptée, elle pourrait conduire à la domestication d'une nouvelle forme d'énergie, à moins qu'elle ne nous ouvre les portes de "l'hyperdimension".
    D'autres auteurs essayent encore d'identifier l'espèce qui s'est attelée à la construction des gigantesques monuments. Humains ou extraterrestres ? Certains exploitent le filon de la thèse de la conspiration en inventant des missions de reconnaissances secrètes que la NASA aurait envoyé vers Mars. Les plus audacieux n'hésitent pas à s'attaquer à l'histoire de la civilisation qui a laissé derrière elle les ruines de Cydonia. N'y aurait-il pas par hasard une connexion avec les pyramides d'Egypte ?
    Tout comme l'espace, la connerie humaine est infinie et les livres dédiés aux mystères de Cydonia pourraient facilement remplir une petite bibliothèque. Le hic, c'est que cette production minable, devant laquelle tout roman Harlequin est un chef d'œuvre de littérature classique, est loin d'être gratuite. Si les auteurs ne brillent pas pour leurs compétences scientifiques, ils sont néanmoins de formidables commerciaux. Parfaitement conscients de l'intérêt du public pour le surnaturel, ils savent que le visage est un produit exceptionnel très facile à vendre. Il suffit de remonter d'un siècle en arrière pour s'en persuader.
    En 1895, Percival Lowell publie un ouvrage, intitulé tout simplement "Mars", dans lequel il explique l'origine des fameux canaux découverts par Schiaparelli. Ceux-ci seraient des ouvrages artificiels, creusés par une civilisation martienne au bord du déclin. Un assèchement ayant frappé la planète, les martiens ont été contraints d'irriguer les terres des régions équatoriales avec l'eau des glaces polaires. La thèse de Lowell captive le public et l'ouvrage devient vite un best-seller.Si Lowell croyait fermement à sa théorie, des individus bien moins scrupuleux tentent aujourd'hui de lui emboîter le pas. Attirés par l'appât du gain, les escrocs du visage sont bien décider à forger un véritable mythe, aussi évocateur et puissant que celui des canaux martiens. De ce point de vue, il faut reconnaître qu'ils ont parfaitement réussi. Le visage a fait la une de nombreux magazines, revues ou tabloïds. Depuis quelques années, des sites dédiés à Cydonia fleurissent sur Internet. Nous l'avons vu, les nouvelles images de Mars Global Surveyor, bien loin d'avoir apporté une conclusion définitive à l'affaire du visage, ont plutôt attisé de nouveaux foyers. Des chercheurs indépendants appartenant au groupement SPSR reconnaissent d'ailleurs qu'ils ne s'arrêteront jamais : "Aucun cliché du visage ne mettra fin à la controverse, car il existe dans la région une vingtaine de formations anormales sur lesquelles s'appuient bon nombre de nos conclusions statistiques".
    Il serait tentant d'attribuer ce comportement à un refus de courber l'échine devant une réalité parfois décevante, la quête désespérée d'une intelligence extraterrestre dans le système solaire étant en soi assez romantique. Mais les motivations qui contraignent ces individus à ne pas lâcher prise sont bien plus terre à terre. On ne le répétera jamais assez, le visage de Mars c'est d'abord un business. Depuis de nombreuses années, Richard Hoagland ne cesse par exemple de multiplier les apparitions à la télévision ou à la radio pour clamer à qui veut l'entendre ses théories sur le visage et la conspiration de la NASA, ou faire de la publicité à son livre, ses cassettes vidéos ou ses séminaires. Sachant se montrer convaincant, doté d'un esprit créatif et surfant sur la fascination que Mars exerce sur les hommes depuis des millénaires, Hoagland a parfaitement compris que les anomalies martiennes pouvaient le faire vivre et lui assurer une certaine renommée, au moins dans certains cercles soit disant avant-gardistes. Certes, l'aspect commercial n'explique peut-être pas tout. Alors que Lowell tirait son énergie et sa créativité d'une hypomanie, il est probable que Hoagland soit un individu paranoïaque et narcissique, ces traits de caractère trouvant parfaitement à s'exprimer dans le complot du visage. Au travers de ses activités, Hoagland est peut-être à la recherche d'une reconnaissance qu'il n'a pas eu quand il était journaliste. Doté d'une imagination débordante, il refuse certainement d'affronter la réalité, et préfère s'échapper dans une fantasmagorie rassurante (sur son site web, baptisé Enterprise en hommage au célèbre vaisseau de Star Trek, il s'adresse au lecteur à la façon du capitaine Kirk, dans un style parfois plus qu'enfantin). Le seul mystère qui entoure ce personnage est finalement de savoir s'il croit ou non toutes les absurdités qu'il débite ...
    Avec la masse de données à leur disposition et leur incroyable obstination, il est fort probable qu'un jour ou l'autre, les chercheurs indépendants mettent la main sur une structure aussi sensationnelle, sinon plus, que le visage de Mars. Quant à ce dernier, alors même que les dernières images de Mars Global Surveyor ont levé le doute, il continue à fasciner. Ne dit-on pas que quand la légende dépasse la réalité, on oublie la réalité, et on imprime la légende ?

    La vérité est ailleurs

    Ce n'est pas un hasard si dès la première saison de la célèbre série X-Files, Fox Mulder et Dana Scully sont confrontés à la funeste présence du visage martien. Dans un épisode intitulé "Espace", les deux agents du FBI sont contactés par une technicienne de la NASA qui estime que l'échec du dernier lancement de la navette spatiale est du à un odieux sabotage, qui aurait pu coûter la vie à l'équipage si le compte à rebours n'avait pas été arrêté à la dernière minute. Les soupçons ne tardent pas à se porter sur le lieutenant-colonel Marcus Belt, à qui Mulder voue une admiration sans borne. Responsable des programmes de la navette spatiale, Belt n'a aucun intérêt à saboter des missions, ni à mettre la vie de ses hommes en danger. Mais l'ancien astronaute est torturé par une présence fantomatique, un masque grimaçant qui revient le hanter chaque nuit.
    En mettant en scène le visage de Mars, l'épisode avait tout pour être un hit, d'autant plus que l'on y retrouvait les deux mamelles du mythe : la nature extraterrestre du relief et un gouvernement qui oeuvre pour dissimuler la vérité et endormir les esprits. Dans l'épisode, Mulder résume bien la situation en indiquant que "la myopie du télescope Hubble et la perte de Mars Observer sont liés à une conspiration du silence". Mais le scénario s'est finalement révélé très pauvre et les fans ont boudé cette histoire peu inspirée.
    Comme Chris Carter, Brian de Palma n'a pas su échapper aux sirènes du visage et celui-ci figure en bonne place dans son navet "Mission to Mars". Plutôt que de faire explorer à ses astronautes les merveilles géologiques de la planète rouge, comme le volcan Olympus Mons ou le canyon de Valles Marineris (des reliefs spectaculaires pourtant parfaitement calibrés pour Hollywood), il préfère jouer les valeurs sures et situe toute l'action autour du visage, qui s'offre pour l'occasion un sacré lifting. Le réalisateur avait pourtant clamé haut et fort dans la presse que son film allait être avant tout réaliste, et la base martienne avait même été frappée du célèbre logo bleu de la NASA. Pourtant, les astronautes ont à peine posé le pied sur le sol rouillé de Mars qu'ils sont attirés par une formation géologique intrigante, qui couronne le sommet d'une étrange colline dans la région de Cydonia. Un sondage radar, entrepris pour en savoir plus, tourne vite au désastre en déclenchant une gigantesque tempête de poussière qui balaye comme des fétus de paille les malheureux astronautes. Lorsque les grains de poussière recommencent à sédimenter, la colline a dévoilé sa véritable nature. Débarrassée de sa carapace rocheuse, la surface polie du visage martien brille au soleil. Une deuxième expédition, envoyée sur place pour secourir les éventuels rescapés, pourra pénétrer dans le visage, qui n'est autre qu'un refuge high-tech pour un extraterrestre un peu chatouilleux quand on vient le déranger sans prévenir.

    Conclusion

    Le visage de Mars a indubitablement sa place dans le grand livre du folklore martien, alors que ce n'est au final qu'une banale colline. Paradoxalement, la région de Cydonia présente pourtant un énorme intérêt du point de vue scientifique. Nous l'avons vu en introduction, les reliefs de Cydonia sont situés le long de la frontière qui sépare les hauts plateaux de l'hémisphère sud des basses plaines de l'hémisphère nord. L'étude de ces reliefs permettra peut-être d'en savoir plus sur cette étrange dichotomie qui coupe en deux la planète Mars. Les paysages de Cydonia possèdent aussi de nombreuses ressemblances avec les déserts froids terrestres. Ils ont probablement été façonnés par l'action du vent, du gel et de l'érosion fluviale. L'étude de l'origine et de l'âge de ces terrains sera très importante pour comprendre l'évolution de la surface martienne, le rôle de l'eau et de la glace dans cette évolution et le passé climatique de la planète rouge.
    Quand au visage de Mars, les nombreux clichés obtenus par les différentes sondes martiennes depuis 1976 permettent de comprendre son origine. Ce soi-disant artefact extraterrestre n'est qu'une des nombreuses buttes témoins qui caractérisent le secteur de Cydonia Mensae. Ces monticules sont le résultat du recul d'un ancien plateau sous les coups de butoir du vent, de l'eau et du gel. Ayant subi une érosion intense, la plupart des matériaux rocheux constituant le plateau ont disparu, et seuls quelques secteurs, plus résistants que la moyenne, ont survécu, à l'image des irréductibles gaulois tenant tête à l'avancée romaine. Ces massifs résiduels sont le témoignage de la présence du vieux plateau, d'ou leur nom de buttes témoins. Et, tout comme lui, elles ont également du finir par rendre des comptes aux forces érosives. Leurs pentes sont ainsi souvent marquées par des glissements de terrain. Elles sont également parfois entourées de tabliers de débris, des accumulations épaisses, à la surface convexe, vraisemblablement formées d'un mélange de débris rocheux et de glace.
    Comme d'autres collines de ce secteur de transition entre les plaines de l'hémisphère nord et les plateaux de l'hémisphère sud, le visage de Mars a été façonnée par des avalanches et des coulées rocheuses. Son flanc est ainsi marqué par une longue cicatrice nord-sud, témoin de l'arrachement et du glissement d'une imposante dalle de roche. Une ébauche de tablier de débris est également visible à sa base. Le hasard a simplement voulu que l'érosion découpe la butte selon des formes qui, sous le bon éclairage, rappellent un visage humain. L'imagination de l'homme a fait le reste.

      الوقت/التاريخ الآن هو الخميس 29 يونيو - 3:44